happy créative
Un carnet ouvert sur la table. Un crayon qui traîne à côté. Dix minutes devant soi avant que la journée ne commence vraiment.
Et cette petite phrase, presque automatique : « De toute façon, je ne sais pas dessiner. »
C'est celle que j'entends le plus souvent à l'atelier. Elle arrive avant même que le pinceau ait touché le papier.
La créativité n'est pas un talent, c'est un état
Nous avons appris très tôt à ranger la créativité du côté des artistes. D'un côté ceux qui savent, de l'autre ceux qui regardent. Et comme la plupart d'entre nous ont arrêté de dessiner vers dix ans, la conclusion est vite tirée.
Pourtant, être créatif ne veut pas dire produire quelque chose de beau. Cela veut dire faire un choix qui n'était pas obligatoire .
Choisir une couleur plutôt qu'une autre. Changer l'ordre des ingrédients. Prendre la rue d'à côté. Écrire une phrase sans savoir où elle va.
À chaque fois, quelque chose se passe dans le corps : l'attention se déplace du mental vers le geste. C'est exactement ce moment-là qui nous intéresse.
Ce que la créativité fait au corps
Quand nous sommes absorbés par un geste — modeler, peindre, jardiner, cuisiner sans recette — le mental cesse un instant de commenter. Le souffle ralentit. Les épaules descendent.
Ce n'est pas une impression. C'est le passage d'un mode « faire pour arriver » à un mode « faire pour faire » . Le premier épuise, parce qu'il évalue en permanence. Le second repose, parce qu'il n'attend rien.
En séance, je vois souvent la même chose : des personnes très compétentes, très organisées, qui n'ont plus aucun espace dans leur journée où elles ne sont pas en train de performer . Même leurs loisirs sont devenus des objectifs.
La créativité, quand on la sort du registre du talent, redevient ce qu'elle était à l'enfance : un endroit sans note .
Trois exercices pour rouvrir la porte
Ils sont courts. C'est volontaire : ce qui compte n'est pas la durée, c'est la régularité.
1. Les trois lignes du matin
Avant le téléphone, avant les messages : trois lignes sur un carnet. Ce qui vient. Une phrase sur la nuit, une humeur, une pensée sans intérêt.
La règle unique : on ne se relit pas . Ni le lendemain, ni jamais. Ce n'est pas un journal intime, c'est un vidage. Beaucoup de gens abandonnent parce qu'ils se relisent, se trouvent nuls, et arrêtent.
2. Une couleur par jour
Au réveil, choisissez une couleur. Le bleu, par exemple. Puis, dans la journée, remarquez-la : une porte, un pull, un panneau, le ciel.
C'est un exercice d'attention déguisé. Il ne demande aucun matériel et il fait exactement ce qu'on lui demande : il vous ramène dans le présent, plusieurs fois, sans que vous ayez à vous asseoir pour méditer.
3. Dix minutes sans but
Une fois par semaine, dix minutes avec les mains, sans objectif. Griffonner, pétrir, plier du papier, aligner des cailloux.
La consigne est plus dure qu'elle n'en a l'air : rien ne doit en sortir . Pas de photo, pas de résultat à montrer, pas de « je vais en faire un cadeau ». Si vous sentez monter l'envie de rendre le résultat présentable, c'est le signe que l'exercice touche juste.
Et si ça résiste ?
Il arrive que ces exercices déclenchent de l'agacement, voire une vraie résistance. C'est fréquent, et ce n'est pas un échec.
Ne rien produire d'utile pendant dix minutes met parfois en face de quelque chose d'inconfortable :
Qu'est-ce que je vaux si je ne produis rien ?
Pourquoi ai-je besoin que ce soit réussi pour m'y autoriser ?
À qui est-ce que je montre ma vie, en réalité ?
Ces questions ne se règlent pas avec un carnet. Elles se travaillent ailleurs, et c'est souvent là que la kinésiologie prend le relais.
Commencer petit, vraiment petit
Si vous ne devez retenir qu'une chose : n'essayez pas de « redevenir créatif ». C'est un projet trop grand, et il échouera dès la première semaine chargée.
Prenez un seul des trois exercices. Le plus court. Celui qui vous semble presque ridicule tellement il est petit.
C'est celui-là qui tiendra.
Et si vous avez envie de le faire accompagnée, en groupe, avec le matériel déjà sorti et personne pour juger le résultat — c'est exactement ce à quoi servent les ateliers d'aquarelle et le Bar à Créativité . Six personnes maximum, tous niveaux, y compris — surtout — celles qui ne savent pas dessiner.
Happy Créative — Léa Mazières, 1 rue Jacquard, 15000 Aurillac. Téléphone : 06 88 85 75 80.
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